L'entrée dans la modernité

Le règne de Tewodros II  (1855 – 1868)

Fils et neveu de guerriers morts au champ d’honneur, Kassa deviendra l’empereur Tewodros II et règnera de 1855 à 1868.

Kassa s’enrôle de l’armée de son oncle, Kenfou, gouverneur du petit territoire du Qwara pour le défendre contre les Turcs Noirs, population du Soudan. Kenfou meurt au combat et les rois de Gondar s’emparent de ses terres.  Cette mort et l’usurpation des terres, attise chez Kassa,qui a un grand sens de l’honneur,  le devoir de venger les siens. Pour revendiquer ses droits, il lève des troupes et déclare une guerre sans merci. Les paysans opprimés se rangent sous sa bannière. C’est presqu’en hors la loi qu’il va conquérir le pays En moins de 7 ans, Kassa a conduit une marche qui l’a mené du Qwara à Gondar. Après avoir vaincu le roi du Tigray et du Simiens, il se fait couronner le 8 février 1855 sous le nom de Tewodros II.

Tewodros poursuit son expansion territoriale. Après une lutte sévère, le Choa doit se résigner à capituler. Menelik, fils du roi de la province du Choa, est élevé prince au service de Tewodros qui le considère comme son fils. Il se mariera à Taitu  la fille de Tewodros.

Pour tenir en respect les provinces du Wollo et du Choa nouvellement conquises, il fit construire à Maqdalla une ville-forteresse. Tewodros s’attache à moderniser et centraliser la structure législative et administrative du royaume, contre l’avis et la résistance de ses gouverneurs. Malgré son aura auprès de la population, Tewodros II ne parvient pas à réformer son empire. Petit à petit, crises religieuse et économique ruinent le pays et la popularité de l’empereur. L’empire de Tewodros II se disloque et ne lui laisse en 1868 qu’une armée de 5000 hommes rassemblée à Maqdalla. Voyant le pouvoir éthiopien faible, les Égyptiens et les Soudanais reprennent leurs raids frontaliers. Pour les repousser, Tewodros sollicite le soutien de la Grande-Bretagne dont il avait reçu, comme gage d’amitié, une paire de pistolets. Il vit  le silence de la Grande-Bretagne comme une insulte. Tewodros fit alors  arrêter tous les artisans européens et les missionnaires protégés par l’Angleterre et les fit placer en détention. Après quelques tentatives de régler ce conflit à l’amiable, en août 1867 un ultimatum de la part des britanniques est envoyé à Tewodros qui ne daigne même pas répondre.

Le 10 avril 1868, au cours de la bataille finale, la pluie diluvienne qui s’abat met hors d’état les fusils à mèche de l’armée éthiopienne donnant ainsi rapidement à l’avantage aux britanniques pourtant épuisés par les conditions de l’expédition jusqu’à la forteresse de Maqdala. Les Éthiopiens sont vaincus, et Maqdalla tombe le 13 avril 1868. Lorsque Tewodros apprend que la porte de Maqdalla est tombée, il préfère se donner la mort, se tirant une balle en pleine bouche, que de se rendre. Sir Robert Napier, fou de rage, ordonne le mettre le feu à Magdala et à la bibliothèque impériale. La prise de Magdala fait alors l’objet d’un véritable pillage, au cours duquel des objets d’une valeur historique inestimable, en plus de la bibliothèque incendiée, ainsi que d’autres attributs du clergé, disparaissent. Certains de ces objets n’ont toujours pas, à ce jour, été rendus à l’Éthiopie, malgré les nombreuses réclamations.

Le règne de  Yohannes IV (1872 – 1889)

À la mort de Théodoros, le Ras Kassa Mercha du Tigray accède au titre impérial en 1872, sous le nom de Yohannès IV . Il accède au pouvoir dans un climat de grande instabilité politique  suite à la mort de Théodoros.

Il installe  sa capitale à Mekele où il fait construire son palais. L’ensemble de son règne est marqué par la volonté de défendre l’empire des multiples agressions extérieures, à une époque où les puissances coloniales s’emparent du reste du continent africain et menacent l’Empire éthiopien, l’ouverture du canal de Suez rendant le contrôle de la région d’une importance stratégique.

Du 7 au 9 mars 1876, les troupes éthiopiennes infligent deux défaites consécutives aux troupes égyptiennes. En 1888, le négus Yohannès IV lance une grande offensive contre les mahdistes. Les Éthiopiens remportent la bataille de Metamma contre une armée de 70 000 hommes le 9 mars 1889. Frappé d’une balle au cours de la bataille, Yohannes IV meurt le lendemain de la victoire.

Le règne de Menelik II (1889 – 1913)

 À l’annonce de la mort de Yohannes IV, Menelik, prince du Choa, élevé par Tewodros II se fait proclamer Negus d’Éthiopie. Le 2 mai de cette même année, Menelik signe le traité de Wuchale avec les Italiens, leur accordant une région du nord de l’Éthiopie, connue plus tard sous le nom d’Érythrée et une partie du Tigré, en échange de 30 000 fusils, munitions et canons.

Le traité s’avère être un tournant décisif dans les relations entre Menelik et l’Italie. En effet, l’article XVII prête à contestation : selon la version amharique, l ‘Éthiopie peut recourir aux autorités italiennes si elle veut entrer en relation avec d’autres pays alors que dans la version italienne, le recours à l’Italie est obligatoire. De plus, s’appuyant sur la version italienne, l’Italie prétend établir un protectorat en Éthiopie. Les Italiens occupent alors la ville d’Adoua pour soutenir leurs prétentions et visées. Menelik refuse de céder à la manipulation et dénonce le traité le 12 février 1893.

En mars 1896, s’engage alors la bataille d’Adoua. L’armée italienne qui compte 18 000 hommes. Les Italiens sont pris par surprise par 40 à 50 000 Éthiopiens. À l’erreur fondamentale de sous-estimer leur adversaire, les troupes italiennes ajoutent une mauvaise connaissance du terrain et des erreurs stratégiques qui leur seront fatales. Un traité de paix est conclu à Addis-Abeba le 26 octobre 1896, qui reconnaît « l’indépendance absolue et sans réserves » de l’Éthiopie. L’Italie de son côté est confortée sur ses possessions érythréennes.

Les années qui suivent la victoire d’Adoua sont caractérisées par une relative paix de l’Empire. Du point de vue intérieur, Menelik II accorde à la même époque, une première concession à une compagnie ferroviaire française à partir des côtes djiboutiennes, en 1894. La ligne s’étend jusqu’à Dire Dawa, à la fin de l’année 1902. Ce choix fera d’Addis-Abeba et de Djibouti un axe central dans l’économie éthiopienne

Entre temps, conscient de la crise de succession qui se prépare, Menelik II a désigné son petit-fils ledj Iyassou à sa succession, en 1907. À peine a-t-il accédé au trône que le jeune prince agace rapidement la noblesse éthiopienne, attachée à sa culture chrétienne. En effet, Iyasou cherche à donner aux musulmans un droit de complète égalité religieuse. Il rompt aussi la tradition en attribuant des responsabilités à de jeunes intellectuels non issus du rang des notables. Ses ambitions, ainsi que son goût pour « le vin, la musique et les femmes » déplaisent aux notables de l’Empire éthiopien. Par ailleurs, les pays de l’Entente (France, Royaume-Uni, Italie), inquiets du positionnement du jeune souverain (notamment son opposition à l’accord tripartite et sa politique anticolonialiste en soutien aux Somalis et Afars) exercent des pressions sur le conseil des ministres. Iyassou est écarté du pouvoir. À la suite du coup d’État, Zaouditou, fille de Menelik II, est proclamée Nigiste le 11 février 1917et Ras Tafari Makonnen comme héritier du trône. En cette période d’occupation coloniale du reste du continent, Zaouditou est ainsi la première femme chef d’État d’un pays indépendant.

Abonnez-vous à la Newsletter
Soyez le premier à obtenir notre Newsletter sur culture éthiopienne
Nous respectons votre vie privée.